La toque, tout en subissant chaque année quelques modifications de détails, reste toujours en principe la coiffure préférée pour les jeunes filles et les très jeunes femmes. Le modèle que nous donnons aujourd'hui à nos demoiselles est un de ceux qui obtiennent en ce moment le plus de succès. Voici comment il est composé : le fond et le bord sont recouverts de velours noir, drapé ; trois touffes de violettes distinctes et détachées les unes des autres, garnissent le devant de la coiffure ; un nœud de velours bleu turquoise (ou vert lumière) est placé par derrière de telle façon, que les coques bien ouvertes, dominant le chapeau, sont parfaitement visibles quand on regarde celui-ci de face.
Pour faire cette toque, il faut :
Velours noir en biais, 55 centimètres ;velours bleu turquoise, 30 centimètres ;3 bouquets de violettes.Forme. —
La forme
(croquis nº 1) se compose de trois parties : 1° la passe ; 2º le fond ou calotte ; 3° le bord.
1° Passe. — On prendra pour la faire un morceau de
tulle gommé très raide, ou mieux encore de
sparterie (étoffe spéciale pour les formes de
chapeaux), ayant 26 centimètres de hauteur et 23 centimètres de largeur, et pour la découper, on suivra les indications fournies par le
croquis nº 2. Les deux extrémités
a - a (derrière de la passe) seront croisées (d'un centimètre au plus) et cousues l'une sur l'autre pour fermer la passe, dont la lettre
b marque le milieu par devant. On coudra un
laiton à l'extrême bord des deux contours (extérieur et intérieur).
2º Fond. — Le
fond se fait en
tulle apprêté, mais moins raide que celui dont on se sera servi pour la
passe. Le
croquis n° 3 donne la forme et les proportions exactes qu'il doit avoir. Le morceau une fois taillé, on formera dans toute sa hauteur trois plis verticaux, ayant la profondeur indiquée par le
croquis n° 3, puis, on fera au bord, de chaque côté, quatre
pinces, ainsi que l'indique le
croquis n° 4, en observant les mesures. Les lignes droites marquent la pliure des
pinces ; les lignes pointillées, l'endroit où le pli doit arriver ; les flèches, la direction des plis. La lettre
a désigne la partie du fond correspondant au devant de la passe ; la lettre
b, la partie qui s'ajuste à la
passe par derrière.

Les
pinces sont combinées de manière à ce que la
calotte soit moins haute par derrière que par devant. Il peut se faire qu'en taillant la
passe et le
fond, il se trouve une différence de quelques millimètres avec les proportions données ; il n'y a pas lieu de s'en préoccuper ; en ajustant le
fond sur la
passe, on en sera quitte pour donner aux deux pièces de derrière et à celles des côtés, un peu plus ou un peu moins de profondeu r; mais on laissera exactement aux quatre pièces du devant les proportions marquées, car elles ont plus d'importance que les autres, et contribuent davantage à donner au
fond la forme qu'il doit avoir.
3° Le bord. — Le bord relevé de la
toque, formant un peu le
diadème, peut se faire de deux façons: soit en
tulle très raide, ou en
sparterie ; soit au moyen de deux
pailles de riz très lâches (ces sortes de pailles se vendent au mètre chez les merciers ; on s'en sert également pour soutenir le bas des jupes). Une première paille fera tout le tour de la
toque ; on la coudra au bord de la
passe, en dessous, en la rentrant d'un demi-centimètre, la seconde paille viendra s'ajouter à la première, pour donner au
diadème plus d'élévation par devant ; on la rentrera progressivement, en la cousant sur les côtés, de façon à ce qu'elle diminue insensiblement et disparaisse enfin, pour laisser au bord, par derrière, la hauteur de la première paille seulement. Le
croquis n° 5 donne toutes les indications nécessaires pour exécuter cette partie de la
forme, et servira tout aussi bien pour la tailler en
tulle raide ; quant à nous, nous préférons nous servir de pailles pour faire le bord, leur extrême souplesse permettant de bien suivre le tournant du contour de la passe. Un
laiton sera cousu au bord du
diadème, tout autour. Il faudra, bien entendu, essayer la forme avant de la recouvrir, et si elle entrait trop sur la tête, diminuer la passe, en croisant un peu plus, l'une sur l'autre, les deux extrémités. Nous ne pouvons pas, évidemment, donner des mesures pour toutes les têtes; les proportions que nous indiquons doivent convenir au plus grand nombre, et dans tous les cas, il y aura bien peu de chose à faire pour les rectifier. Pour guider nos
demoiselles, nous ajouterons que la
toque se met un peu en arrière, comme une
capote, et ne doit en aucune façon descendre sur le front.

Passons maintenant à la
garniture du chapeau. Pour recouvrir le fond, on coupera un
biais de velours ayant 30 centimètres de largeur ; le point du bord correspondant au milieu de la longueur de cette bande (en mesurant d'une lisière à l'autre), sera fixé par une
épingle, au milieu de la passe, par devant, tout au bord, c'est-à-dire touchant au
diadème ; puis, on formera avec le velours, de chaque côté, trois plis ayant : le premier, 4 centimètres de profondeur ; les deux autres, 3 centimètres. Le premier pli de droite et le premier pli de gauche se toucheront au milieu ; les deux autres plis viendront se superposer sur le premier ; on laissera seulement une distance d'un demi-centimètre, entre le bord de chacun des trois plis ; on les fixera à mesure avec des
épingles. Sur les côtés, on fera descendre le velours jusqu'au fond de la passe (c'est-à-dire contre le diadème), afin qu'elle soit complètement recouverte. On dirigera en arrière les plis marqués et on les réunira tous les six au milieu, par derrière, en un groupe bien serré, en les faisant monter les uns sur les autres. Quand on aura ainsi disposé le
velours sur le fond, en ayant soin que les plis soient drapés le plus gracieusement possible, en les tendant suffisamment pour qu'ils ne s'enlèvent pas trop, mais sans les coller cependant, en les laissant souples et un peu bouffants, on coudra définitivement le velours et on s'occupera ensuite de recouvrir le bord. On prendra pour cela un
biais de velours, large de 15 centimètres, d'un côté seulement, on y fera un rempli d'un centimètre, que l'on coudra à grands points, très espacés, sans traverser le velours. L'autre côté du biais sera rentré en dessous du bord de la passe, et cousu tout autour, en le tendant un peu, pour bien suivre le tournant de la forme. Cette préparation terminée, on fera descendre le velours en glissant sur le
diadème, de manière à former des plis tournants, irréguliers, qui seront arrêtés, d'abord avec des épingles, et cousus ensuite, mais seulement quand l'ensemble sera complet et tout à fait satisfaisant. Le bord du biais (celui qui se trouve correspondre au haut du
diadème) sera rabattu en dedans et suffisamment pour cacher les pailles ou le tulle de la forme.
Pour recouvrir le dessous de la passe, on coupera, à l'aide du
croquis n° 2, un morceau de velours (par deux moitiés, afin d'éviter la perte : on les rejoindra par une couture) qui se trouvera avoir la même forme que la passe et s'y appliquera à plat exactement; le contour intérieur entrera un peu dans la calotte, et on l'arrétera par un grand bâti, en y faisant de petits crans, de distance en distance; au grand contour, ou bord de la passe, on fera un rempli imperceptible au velours servant de doublure, et on le coudra à
points perdus.

Nœud. —
(Croquis n° 6). Le nœud, placé derrière la toque, sera fait en deux parties: 1° les coques; 2° les pans.
1° Coques. — On coupera une bande de
velours prise dans le biais, ayant 15 centimètres de largeur ; on fera de chaque côté un rempli de 1 centimètre 1/2, que l'on arrêtera par de grands points (invisibles à l'endroit). Procédant alors comme nous l'avons expliqué dans notre article sur les
nœuds de chapeaux (Voir le n° 34, 28 août LS93), on formera en les attachant avec un
fil de laiton, deux coques
(croquis n° 7) ayant, toutes faites (du milieu à leur extrémité), 11 centimètres de longueur. Le bout du
biais resté libre sera enroulé, tourné, et formera la
traverse qu'on laissera un peu lâche. Le
nœud ainsi fait mesurera exactement, d'une extrémité à l'autre, 22 centimètres.
2° Pans. — Pour faire les pans, ou bouts tombants, on coupera un morceau de
velours mis en double, ayant les proportions et la forme indiquées par le
croquis n° 8. Nous disons, mis en double parce que ces bouts doivent être à double face, car il serait fort laid de voir l'envers du velours. On fermera les deux extrémités
a — a (croquis n° 8) en les cousant à l'envers, puis, on retournera le
velours, en faisant bien ressortir les pointes des angles, et l'on fermera le morceau à l'endroit par une
couture à points perdus, en faisant un rempli très étroit à chacun des deux côtés. Cette couture sera placée, bien entendu, sur le petit côté du morceau, et la pliure du grand côté. Ce morceau ainsi préparé sera plissé par le milieu au moyen d'un
laiton bien serré, et les deux pans se trouveront formés
(croquis n° 9). On les coudra séparément sur la
toque, en les plaçant au milieu par derrière, au-dessus de la
passe, le lien de laiton arrivant juste au bord du morceau de
tulle qui fait le fond de la forme ; on donnera à ces pans une direction tombante, les deux pointes aiguës étant placées en dedans et en bas
(voir le croquis).

On réunira ensuite les
coques aux
pans, en les cousant uniquement par le milieu, sous la traverse, cette partie du
nœud s'appliquant sur le point où les deux bouts tombants sont serrés par le
laiton, de façon à cacher complètement le lien. Les
coques, s'étendant horizontalement, doivent être tout à fait détachées du
chapeau, se tenir fermes et droites et produire l'effet de deux ailes éployées. Cette sorte de garniture est une des particularités les plus saillantes de la
mode actuelle, et l'effet qu'elle produit est tel, qu'on prend généralement l'arrière du
chapeau pour le devant ; mais cette fantaisie est fort jolie et très seyante, il faut donc en profiter.
Pour garnir le devant du
chapeau on y placera trois
touffes de violettes cousues au niveau de la naissance de la
calotte et remplissant bien le vide laissé entre celle-ci et le bord. L'une des touffes fera juste le milieu ; les deux autres seront fixées de chaque côté avec un petit écart de quelques centimètres.
On pourra, si l'on veut, faire sortir de la touffe placée du côté gauche une
petite aigrette très légère formée de violettes à longues tiges.
La saison étant un peu avancée nous allons indiquer les moyens de modifier la
toque de façon à la transformer en
chapeau de demi-saison. Disons cependant qu'un
chapeau de velours se porte fort bien jusqu'aux derniers jours d'avril.
Pour faire le
fond, on substituera au velours du
satin merveilleux. Pour un
chapeau de demi-toilette on choisira ce satin d'un joli bleu turquoise un peu pâle, et l'on conservera la
garniture en violettes, les deux couleurs s'alliant d'une façon très heureuse. Le bord de la toque et le nœud seront en velours noir. On peut aussi recouvrir le
diadème d'un
entre-deux pampillé de jais ou d'un
galon de jais hérisson. Si l'on préférait que la
toque fût d'un beau
rouge rubis, on maintiendrait le bord et le nœud noirs, mais on remplacerait les violettes par des
choux ou par des
roses en
velours noir.