25.11.07

CHAPEAU D'HIVER

La capote que nous allons décrire est destinée à faire un chapeau de visites et de théâtre ; telle que nous la donnons, elle est plus spécialement destinée aux jeunes femmes, mais, à la rigueur, elle peut être portée jusqu'à trente-cinq ou quarante ans. Passé cet âge, on fera bien d'en changer la couleur : moyennant cette simple modiflcalion, notre capote deviendra suffisamment sévère pour se poser même sur des cheveux grisonnants, la forme en étant très seyante, la garniture n'ayant rien d'exagéré ni d'excentrique.

Le modèle que nous dédions aux jeunes femmes est en satin antique (ou en velours miroir) rose de Chine. Le fond est coulissé ; un biais de velours froncé par le milieu et formant double tête est mis en diadème par devant. Un nœud de satin noir, dont les quatre coques sont groupées en manière de chou, garnit le milieu du chapeau ; deux ailes de jais s'étendent de chaque côté, comme les ailes ouvertes d'un oiseau ; petites brides en ruban de satin n° 5.

Il faut pour faire ce chapeau : satin antique (ou velours miroir), 80 centimètres; ruban de satin noir n° 22, 1 mètre ; ruban de satin noir n° 5, 1 mètre 50 ; 2 ailes de jais.

Nous allons d'abord nous occuper de la forme, partie très importante du chapeau, et la plus difficile à exécuter. On prendra pour la faire, soit de la sparterie (noire ou blanche, peu importe), soit du tulle raide très apprêté ; le velours qui doit la recouvrir étant un peu lourd, il est indispensable qu'elle soit très ferme pour ne pas se déformer. Cette forme se compose de cinq morceaux, tous différents ; on les taillera avec le plus grand soin, en suivant très exactement toutes les proportions indiquées par nos croquis. Nous avons multiplié les mesures afin de faciliter ce travail assez délicat ; en les observant bien, on arrivera certainement à obtenir d'une façon précise la courbe du diadème, croquis n° 5, — de la passe, croquis nº 4, — et les deux parties formant la hauteur de la calotte, croquis nº 2 et 3, et c'est précisément sur cette courbe que nous appelons l'attention de nos lectrices, car toute la grâce de la forme en dépend.

chapeau d'hiverLes morceaux ayant été coupés, on les montera en les réunissant comme il suit. On prendra d'abord le fond, représenté par le croquis n° 1 ; sur l'extrême bord de la partie arrondie indiquée par la lettre a, un laiton sera cousu à points noués ; il s'arrêtera de chaque côté aux deux angles qui se trouvent en bas du morceau ; on le laissera dépasser de 5 millimètres, et ces deux petits bouts resteront ainsi momentanément, sans être repliés. Donc, ce fond, qui ressemble à peu de chose près à la porte d'un bonnet d'enfant, sera laitonné tout autour, sauf à sa base.

chapeau d'hiverLe morceau représente par le croquis nº 2 sera réuni au fond en cousant le côté désigné par la lettre b, sous le bord a du fond; on croisera les deux bords l'un sur l'autre de 5 millimètres, pour que la couture soit solide et que les deux parties soient intimement unies ; les deux courbes doivent s'ajuster exactement et il devra en être de même pour toutes les autres. On aura soin de faire les points de la couture à cheval sur le laiton qui entoure le fond, afin que le bord ne se soulève pas.

chapeau d'hiverOn réunira ensuite le côté d du morceau figuré sur le croquis nº 3, au côté c du morceau n° 2 ; et après que la couture aura été faite, on posera en dessus un laiton qui suivra exactement la ligne de jonction ; on le coudra, comme toujours, à points noués, et on laissera les deux extrémités dépasser un peu à chaque bout, toujours sans les replier. Ceci fait, on prendra la passe (croquis n°4) et on ajustera à son contour extérieur, indiqué par la lettre g, le côté h du diadème (croquis nº 5) ; celui-ci se trouvera dépasser un peu de chaque côté les deux pointes aiguës qui terminent les deux extrémités de la passe, mais c'est voulu : on verra pourquoi. En réunissant les deux morceaux, on aura soin de faire passer le bord de la passe sur le bord du diadème, en les croisant l'un sur l'autre de 4 ou 5 millimètres ; on coudra ensuite sur la ligne de jonction un laiton qui suivra exactement le bord de la passe (côté g) et qu'on laissera, cette fois encore, dépasser un peu à chaque bout. chapeau d'hiverLe diadème et la passe étant ainsi ajustés, il faudra les réunir à la calotte ; le côté e du morceau n° 3 viendra s'appliquer sur le contour f de la passe (croquis nº 4) ; on le fera descendre de 4 millimètres au-dessous du bord, afin que la couture puisse être suffisamment solide et, comme pour les parties précédentes, on posera ensuite un laiton qui suivra la courbe intérieure de la passe et la ligne de la couture. On s'apercevra alors que les deux extrémités du diadème, qui dépassaient les pointes de la passe, viennent compléter ce qui aurait manqué de longueur à celle-ci pour que sa partie creuse corresponde exactement au contour e du morceau n° 3, formant la base de la calotte. Il ne restera plus alors qu'à laitonner le bord inférieur du diadème (côté i du croquis nº 5), celui qui repose directement sur la tête ; mais il faudra que ce même laiton fasse tout le tour du chapeau, c'est-à-dire qu'il tourne dans l'ouverture de la forme par derrière, les deux bouts venant se rejoindre et se croiser largement à la base du fond. Le laiton sera, comme toujours, cousu à points noués, et à l'extrême bord du contour, de telle façon, qu'en le cousant on soit obligé de faire les points à cheval, comme pour un surjet.

chapeau d'hiverLes deux extrémités du laiton seront solidement arrêtées, pour qu'elles ne percent pas le velours en se redressant.

Les bouts des laitons marquant les arêtes de la forme, ceux-là mêmes que nous avions recommandé de laisser dépasser le contour, seront alors repliés en dessus et bien aplatis à l'aide d'une petite pince ; ils enserreront ainsi le laiton qui soutient le contour de la forme, ce qui donnera à celle-ci une grande

chapeau d'hiverLa forme étant ainsi construite, on la façonnera, c'est-à-dire qu'on donnera aux laitons une régularité, une rectitude parfaites, ne leur permettant ni ondulation, ni creux, ni bosse. Par derrière, aux deux angles marquant chaque côté de la base du fond, on courbera le laiton, on le pliera, de façon à ce que cette base, restant horizontale, arrive à foncer presque un angle droit avec le bord des parties latérales de la calotte ; ce mouvement donnera à l'ouverture de la forme, par derrière, l'apparence d'une porte ; pour faire mieux comprendre, nous avons figuré par une simple ligne (croquis n° 6) la forme que l'on doit donner au laiton par derrière ; la lettre a indique la ligne horizontale formant la base du fond.

chapeau d'hiverLe croquis nº 7 donne l'ensemble de la forme.

Il s'agit maintenant : 1° de recouvrir la forme ; 2º de la garnir.

Notre capote est entièrement recouverte (à l'exception du diadème) de satin antique coulissé, ainsi que l'indique le croquis nº 8. On se servira, pour coulisser, d'une ganse de coton n° 12 ; comme ilne faut pas alourdir le chapeau, quatre rangs suffiront pour le recouvrir jusqu'au bord de la passe. chapeau d'hiverOn commencera, bien entendu, par le fond. On coupera dans le biais une bande de satin antique, large de 5 centimètres 1/2 et longue de 35 centimètres. On placera la ganse, à l'envers, sur l'un des côtés, en rabattant le bord du biais suffisamment pour la recouvrir ; on coudra ce rempli à petits points, en serrant bien la ganse de façon à l'emprisonner étroite ment entre les deux épaisseurs de l'étoffe. En commençant la couture, on laissera l'extrémité du biais dépasser la ganse d'un centimètre environ, et on fera un point solide pour arrêter celle-ci, afin qu'elle ne s'échappe pas. On fera glisser l'étoffe sur la coulisse, en pressant les fronces les unes contre les autres, jusqu'à ce qu'elles soient toutes groupées sur une longueur de ganse correspondant à 9 centimètres, et on laissera le biais dépasser un peu la ganse à l'autre extrémité, comme au bout opposé, en faisant également un point d'arrêt. Cette bande coulissé sera disposée sur le fond du chapeau, de façon à ce que le bord gansé s'arrondisse en boucle, les deux bouts de la ganse s'arrêtant en se rejoignant à la ligne droite formant la base du fond. chapeau d'hiverLe biais s'étendra dans la largeur, jusqu'au laiton qui entoure le fond, les fronces rayonnant, comme l'indique le croquis n° 9 ; on fixera le côté libre du biais par un point de bâti, en ayant soin qu'il s'arrête en dedans du laiton ; s'il le dépassait, on le couperait ; les deux extrémités du biais seront rentrées sous le bord de la forme. Il restera dans l'intérieur de la boucle formée par le bord gansé un petit espace vide laissant à découvert le tulle de la forme ; on glissera dans la boucle une rondelle de satin antique suffisamment grande pour remplir le vide, en la fixant par quelques points.

Ceci fait, on préparera de la même façon une seconde bande en biais, large également de 5 centimètres 1/2 et longue de 60 centimètres ; mais cette fois, les fronces couvriront une longueur de ganse équivalant à 20 centimètres. Le côté gansé du biais sera cousu tout autour du contour laitonné du fond, en dedans du laiton ; le bord opposé descendra sur la calotte et on l'arrètera par un bâti en régularisant les fronces.

Le troisième biais, coupé toujours sur la même largeur (5 centimètres 1/2), aura 70 centimètres de longueur ; on le coulissera sur un bout de ganse long de 29 centimètres. Le côté gansé sera cousu sur le pied du biais précédent, tout contre le deuxième laiton qui soutient la forme, en tournant au milieu des parois de la calotte ; on le mettra au-dessus de ce laiton plutôt qu'en dessous. On donnera au quatrième et dernier biais 75 centimètres de longueur ; il aura au milieu 6 centimètres de largeur ; mais on pourra le diminuer un peu sur les côtés, cette bande étant destinée à recouvrir la passe, qui se trouve plus large au milieu, par devant, que sur le côté. Le plus simple, d'ailleurs, est de couper tout le biais sur 6 centimètres et de supprimer ensuite la largeur inutile. La ganse faisant coulisse aura cette fois 36 centimètres de longueur. Le côté gansé suivra la courbe du troisième laiton de la forme, celui qui se trouve à la base de la calotte ; le côté opposé descendra un peu sur le diadème, jusqu'à moitié tout au plus de sa hauteur, cette partie du travail étant terminée, on coupera un petit biais de satin antique, large de 3 centimètres, et on s'en servira pour border à cheval le contour du dia dème, c'est-à-dire le bord qui repose sur la tête. On laissera les deux bords du biais tels qu'ils sont, sans les remplier, ce qui ferait des épaisseurs inutiles, l'un devant se trouver pris sous la coiffe, et l'autre dissimulé sous la garniture du diadème.

C'est alors précisément, qu'on s'occupera de garnir le diadème. Nous avons dit que cette partie du chapeau devait être recouverte par un biais froncé, formant une double tête. On prendra, pour faire cette garniture, une bande de satin antique ayant 1 mètre de longueur et 12 centimètres de largeur ; on laissera cette largeur à la bande, au milieu seulement, sur une longueur de 30 centimètres, puis on la diminuera graduellement sur les côtés jusqu'à ce qu'elle arrive à n'avoir plus, aux deux extrémités, que 9 centimètres 1/2 de largeur ; la garniture aura ainsi une forme plus gracieuse, étant plus haute au milieu du diadème que sur les côtés. Le biais ainsi coupé, on en repliera les deux bords à l'envers, suffisamment pour qu'ils se rejoignent et se recroisent de 4 ou 5 millimètres ; on les maintiendra provisoirement par un bâti, puis, à petits points devant, on passera un fil exactement au milieu de la bande. Au moyen d'une épingle, on fixera cette bande par le milieu, au point correspondant exactement au milieu du diadème (milieu de la longueur, milieu de la largeur), puis, on fera glisser chaque moitié du biais sur le fil qui le traverse, afin de le froncer ; on régularisera les fronces qui se formeront, en les faisant glisser sur le fil jusqu'à ce que toute la longueur du biais se trouve placée et que ses deux extrémités arrivent juste aux deux bouts du diadème. On aura soin de mettre plus de fronces au milieu que sur les côtés du diadème, afin que ceux-ci ne ressortent pas trop. Le biais étant disposé et arrêté par quelques épingles, on le coudra par le milieu en suivant exactement le fil des fronces, et en dissimulant les points le mieux possible ; le milieu du biais devra correspondre à la ligne supposée qui marquerait le milieu de la hauteur du diadème dans toute son étendue. Au lieu de plaquer, d'aplatir cette espèce de ruche à deux têtes, on la façonnera, an contraire, en la refermant pour qu'elle se détache du chapeau, et en faisant un peu tuyauter les fronces.

chapeau d'hiverGarniture du chapeau. — Le milieu de la capote est garni par un nœud de satin noir et deux ailes Walkyrie en jais, formant un ensemble représenté par le croquis n° 10. Le nœud se compose de quatre coques et de deux bouts coupés en pointe. Voici comment on s'y prendra pour le faire.

On coupera quatre bouts de ruban longs de 17 centimètres, destinés à faire les coques ; chaque bout
sera préparé comme il suit : on plissera séparément les deux extrémités, en formant, tout à fait au bout, dans la largeur du ruban, trois ou quatre petits plis ; puis, on refermera la coque en réunissant les deux extrémités, qui seront cousues ensemble. On coupera ensuite les deux bouts simples sur une longueur de 14 centimètres, et on les taillera d'un côté en pointe aiguë.

chapeau d'hiverLes éléments du nœud étant ainsi préparés, on les réunira en cousant les quatre coques par le pied, l'une contre l'autre, de façon à ce qu'elles ferment une demi-couronne ; les coques seront posées debout, c'est-à-dire que les deux côtés ouverts, bordés par les lisières du ruban, se trouveront en haut et en bas ; les deux bouts taillés en pointe viendront s'ajouter à chacune des deux extrémités de ce groupe ; la figure a du croquis nº 11, indique cette disposition : les petits ronds représentent le pied des coques et des bouts ; les quatre du milieu correspondent aux quatre coques et les deux placés à chaque extrémité indiquent la place que les deux bouts en pointe doivent occuper. Pour donner au nœud la forme définitive qu'il doit avoir, on n'aura plus alors qu'à refermer la demi-couronne, de façon à ce que les quatre coques seulement arrivent à se toucher parle pied ; on fera quelques points pour les maintenir ainsi réunies, mais les deux bouts resteront en dehors du groupe, de chaque côté, pour qu'ils puissent bien s'étendre horizontalement, direction qu'on devra leur donner ; la figure b du croquis nº 11, représente la disposition des différentes parties du nœud, une fois la demi-couronne refermée : les quatre ronds du milieu indiquent le pied des quatre coques ; les deux ronds marqués d'une petite croix, celui des deux bouts coupés en pointe.

Le nœud, ainsi composé, doit former une sorte de gros chou, avec les deux bouts s'étendant de chaque côté, comme des ailes ; on aura soin de tourner les pointes dans le sens indiqué par nos croquis.

Le nœud sera fixé au milieu du chapeau, les deux coques inférieures arrivant juste au bord de la ruche du diadème. On complétera la garniture en fixant les deux ailes de jais de manière à ce qu'elles se dirigent parallèlement aux deux bouts de ruban taillés en pointe ; elles sembleront sortir du nœud et leur monture se cachera sous les coques. Le croquis n° 10 fera bien comprendre cet arrangement et donnera une idée assez exacte de l'ensemble de la garniture.

Brides. — On pliera en deux, dans sa longueur, le ruban de satin n° 5 et on le fixera par le milieu derrière le chapeau, au point correspondant exactement au milieu de la base du fond, tout au bord ; puis, chaque bout s'enroulant en torsade un peu lâche, descendra de chaque côté en suivant le bord de la capote, et s'arrêtera à l'endroit où finit la ruche du diadème. Les brides se noueront simplement sous le menton ; on peut aussi les faire plus courtes, et rattacher avec une épingle de fantaisie en les relevant de chaque côté vers l'oreille, les coques et les pans devront être alors d'égale longueur.

chapeau d'hiverNos lectrices n'oublieront pas de mettre une coiffe à leur chapeau. Le croquis n° 12 montre la capote dans son ensemble. Il sera facile de la modifier ; nous avons dit qu'on pouvait indifféremment la faire en satin antique ou en velours miroir ; le satin antique a l'avantage d'être plus mince et plus léger. Voici plusieurs combinaisons auxquelles nos lectrices seront libres d'accorder leurs préférences.

Capote en velours noir.Nœud de satin noir, ailes d'or, ou ailes de jais.

Capote en velours (ou en satin antique) rubis. — Nœud noir, ailes de jais.

Capote en velours mordoré. — Nœud de satin crème ; ailes naturelles (lophophore ou autre plumage à reflets changeants).

On peut encore (même sur la capote que nous proposons comme modèle) substituer au nœud de satin, soit un pouf de petites têtes de plumes frisées, soit une touffe de roses ou de pavots en velours noir, auxquels on ajoutera toujours les ailes.

1 comments:

Anonyme a dit…

Je viens de découvrir ce blog, et c'est une véritable merveille, richesse de savoir faire et d'explications. Je vous remercie mille fois.